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Collectivité Territoriale d'Alsace – Referendum du 7 avril 2013

 

Charles Buttner :

ni économies, ni simplification !

 

 

Charles Buttner, président du Conseil Général du Haut-Rhin, a récemment défendu dans son canton le projet de Collectivité Territoriale d’Alsace. Un long plaidoyer improvisé qui est apparu comme assez « tiède » aux yeux des partisans du Oui, selon l'article publié dans l'Alsace par Olivier Chapelle. Il faut dire qu’avec ce qui est proposé, il y a de quoi se prendre les pieds dans le tapis et être obligé de reconnaître devant les électeurs qu’il n’y aura véritablement ni simplification, ni économies. Avec toujours, en arrière-plan, la tentation autonomiste et ses vaines illusions. Explications.

 

Buttner complexeA propos de la fusion des deux départements et de la région Alsace, le président Buttner s’est donc réjoui, lundi soir 4 février, lors d’une réunion publique dans le canton de Habsheim dont il est l’élu : « en nous mettant ensemble, il y a quelque chose à faire pour que nous soyons plus forts, plus unis, meilleurs ». Plus forts et plus unis, mais face à quoi ? A la mondialisation ? A la crise ? Aux conjonctures économiques très pessimistes pour l'Alsace en 2013 ? Et surtout, très concrètement, comment fait-on ? Certes, on nous l'a dit, en étant plus efficace et en réalisant des économies, grâce au Conseil d'Alsace. Mais c'est justement là que le bât blesse.

 

"A quoi ça va servir ?"

 

Car tout de suite l'enthousiasme a été tempéré, toujours selon  : « dans un peu plus de deux mois, la question sera posée à la population. Ça a l’air simple, mais plus on y réfléchit, plus on se demande à quoi ça va servir ». On se pince. Comment, ce projet ne devait-il pas simplifier la situation actuelle ? Réponse de Charles Buttner : « tout ce que nous faisons aujourd’hui sera toujours fait au moins aussi bien en 2015 dans la nouvelle collectivité ». Autrement dit, ce ne sera pas plus complexe. Et, effectivement, la question se pose : pourquoi cette réforme, si c'est pour avoir au mieux le même degré de complexité au niveau local, tout en complexifiant les institutions nationales par la création d'un statut d'exception pour l'Alsace ?

 

La parité impuissante

 

L’élu souligne ensuite qu’il y aura « parité de la décision entre Haut-Rhin et Bas-Rhin ». Là, on se perd. Que faut-il comprendre ? Dans les documents officiels sur la nouvelle Collectivité, il est question de fusion des deux départements (ce sera même la question posée le 7 avril). Par ailleurs, la notion de "Haut-Rhin" y disparaît au profit de celle de "Haute-Alsace". Bon, il est vrai que subsistent deux "Conférences Départementales", mais à titre consultatif, sans "personnalité juridique". Qu’est-ce donc qu’une parité de décision, sans pouvoir décisionnaire ? Sans doute un artifice démagogique destiné à ne pas effrayer les Haut-rhinois, plus rétifs au projet que leurs voisins du nord, par la peur (légitime) d’être marginalisés dans un nouveau centralisme alsacien enraciné à Strasbourg.

 

"Pas d'économies" !

 

Réaliserons-nous alors des économies... mais lesquelles ? C’est ce que demandera un membre du public, espérant l'annonce de quelques estimations. Réponse de l’intéressé : « Je ne m’engagerai jamais sur ce que je ne pourrai pas tenir. On ne fera sans doute pas d’économies, mais il s’agit de faire mieux avec moins ». Il faut comprendre que tout ce que nous gagnerons, ce sera de nous serrer un peu plus la ceinture, notamment les Communes qui dépendent largement des subventions locales, mais sans aucune économie (pour approfondir la question, lire l'article "économies, êtes vous là ?" ou encore lire les prises de positions en ce sens de Constant Goerg, ancien président du conseil général du Haut-Rhin, de Jean Ueberschlag, ancien député-maire de Saint-Louis ou de Pierre Freyburger, conseiller général et municipal de Mulhouse). Le président du CG68 ajoute d'ailleurs : « je ne peux pas promettre moins d’impôts, les collectivités actuelles vivant surtout des dotations de l’État. » Connaissant la propension habituelle des élus à enrober leurs propos, il faut traduire : il y aura certainement une augmentation sensible des prélèvements locaux. Mais ce sera la faute à l’Etat...

 

Unis face à Paris ?

 

Car voilà le nœud apparent de l’engagement de Charles Buttner, dont nous avons déjà pu apercevoir les tentations autonomistes : « la loi qui sera votée à Paris peut contenir des dispositions qui permettront à cette collectivité d’avoir des potentialités nouvelles, qui nous permettront de prendre notre destin en main ». Prendre son destin en main, rien que ça. C'est la formule de l'émancipation d'une tutelle supposée. Car Charles Buttner, qui a déjà laissé clairement entendre en réunion publique qu'il fallait en finir avec l'idée d'un droit et d'une loi les mêmes pour tous, rêve manifestement du statut des régions voisines qu’il fantasme comme beaucoup plus « indépendantes » que l’Alsace d’aujourd’hui. Conclusion de l'élu : « il faut que nous ayons la capacité de mieux travailler avec nos voisins pour construire la prospérité et les emplois. Pour moi, c’est ça, l’essentiel. » Et ce n'est pas à la Lorraine ou à la Franche-Comté qu'il pense.

 

Voilà donc son seul argument pour le oui : faire comprendre à "Paris" qu’il faut bien plus d’indépendance pour l’Alsace. L’oubli de la France dans le document publié récemment par les deux Conseils Généraux n’était donc pas fortuit. Et les officines autonomistes ont bien raison de se réjouir d’avoir de tels appuis.

 

L'illusion autonomiste et fédéraliste

 

Mais en quoi plus d’autonomie permettrait de résoudre les problèmes (économiques, industriels, financiers et monétaires) de notre temps ? Peut-être Charles Buttner a-t-il raison, mais il faudra alors commencer par négocier pour l’Alsace une place au Conseil de sécurité de l’ONU, une autre à la table du FMI et à celle de la Banque Mondiale. On en passe.

 

Mais soyons sérieux. Tout ce qu’on nous propose donc, sans doute pour mieux masquer l’inconsistance des politiques menées jusque-là, c’est un repli frileux et féodal sur une Alsace qui par ailleurs mérite bien qu’on y soit attachée et qu’on la défende avec conviction (et avec elle ses paysages, ses traditions, ses goûts et ses couleurs), mais au même titre que les autres belles contrées de notre pays et de sa si célèbre diversité. Et pas comme les apprentis sorciers d'un meccano institutionnel.

 

Car, en temps de crise, plus d'autonomie n'a jamais été une solution. Au contraire, loin d'être un gage d'unité, c'est un ferment de division : il suffit de voir comment la question de la péréquation se pose cruellement en Allemagne, au point que deux Etats régionaux viennent tout juste de saisir la justice "pour ne plus payer pour les plus pauvres", ou encore en Suisse où l'on connaît la même révolte des cantons riches contre les pauvres. L'eldorado fédéraliste a bel et bien du plomb dans l'aile.

 

Le projet de Collectivité Territoriale d’Alsace, parce qu’il fait cavalier seul, n’ouvre donc pas vraiment l’horizon des citoyens. Au contraire, ce que l’on distingue toujours au loin, ce sont les nuées d'un ciel bien sombre et lourd d’orage.

 

    Mathieu Lavarenne

Président du Cercle Républicain 68 Edouard Boeglin

Conseiller municipal indépendant

 

 

Mise à jour du 29 mars :

Lors de la réunion "Bisel dit oui" à laquelle j'ai assisté, Charles Buttner est revenu sur la question des économies : "Nous nous engageons à faire au moins aussi bien, avec moins d'argent. A propos des économies annoncées tout à l'heure par Philippe Richert, si on arrive à faire au moins autant qu'aujourd'hui, ce sera pas mal. Mais ce qui ne sera pas dépensé dans un coin sera nécessairement réorienté sur d'autres dossiers, par exemple le social, dont les dépenses ne peuvent qu'augmenter".

Quelques jours auparavant, le journal L'Alsace (qui n'a jamais laissé aucune place, malgré les plus cordiales sollicitations, aux communiqués du Cercle Républicain 68) avait publié un article intitulé "Autant que des économies, le conseil d’Alsace devrait permettre plus d’efficacité" (L'Alsace du 23 mars), répondant indirectement aux contradicteurs, mais sans jamais les citer. On appréciera.

 

MIse à jour du 28 février :

Pour approfondir la question des économies, consultez l'article plus récent ci-dessous :

 

--> Economies, êtes-vous bien là ?

 

Collectivite territoriale conseil Alsace economies referend

 

 

 

 

--> Sommaire

 

 

L'analyse des résultats :

infographie-les-resultats-du-referendum

 

--> En Alsace, c’est  « non » ! (où l’on trouvera des éléments d’analyse pour comprendre les résultats du 7 avril 2013 et faire le bilan de la campagne référendaire).

 

 

 

 

D'autres articles sur ce blog :

 

--> Après le 7 avril... 

 

--> Dix raisons de voter NON

 

--> La notice d'information "hors la loi" - pour quoi votera-t-on : un projet ou une fusion ?

 

--> Le schéma trompeur de la notice dite d'information

 

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--> La prudence avisée des Conseils de développement Mulhouse-Thur-Doller

 

--> Un projet précipité

 

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--> Le 7 avril : NON, pas l'abstention !

 

--> Rien n'est joué d'avance... : la mobilisation sur internet sera cruciale

 

--> Point de vue de l'historien Georges Bischoff : "ne pas se tromper d'Alsace" 

 

--> Ils diront non : les arguments de Constant Goerg, Jean Ueberschlag ou encore Pierre Freyburger

 

--> Conseil d'Alsace : des infographies pour mieux comprendre

 

--> Sondage : le grand malentendu du "Oui"

 

--> Oui - Non : deux poids, deux mesures ?!? Lettre ouverte à la présidente de l'Université de Haute Alsace

 

--> Economies, êtes-vous bien là ?

 

--> L'Eurométropole ET le Conseil (pas unique) d'Alsace

 

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--> Referendum en Alsace : un chèque en blanc ?

 

--> CTA : le flou artistique !

 

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--> Vers la suppression des 25%?

 

--> Comment transmuer le simple en complexe (et vice-versa)

 

--> Le referendum d'initiative locale : mise en perspective.

 

--> La Collectivité Territoriale d'Alsace : LES DOCUMENTS.

 

--> Un Conseil pas Unique du tout : le Conseil Complexifié d'Alsace

 

--> La surenchère régionaliste en Alsace.

 

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